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Logo et identité visuelle des JO Alpes 2030 : décryptage d’un branding qui divise

Le 18 juin 2026, à Briançon, le comité d’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver Alpes 2030 a dévoilé son logo et son identité visuelle. Après plusieurs mois de retard, la France a enfin un visage pour les Jeux qui se tiendront du 1er au 17 février 2030, suivis des Jeux Paralympiques début mars.

L’occasion, pour un studio de création lyonnais, de regarder ce branding olympique avec un œil de professionnel : au-delà du « j’aime / j’aime pas », qu’est-ce que ce projet raconte de la construction d’une identité de marque, et qu’est-ce qu’une entreprise peut en retenir pour la sienne ?

© Alpes 2030 / Saint-Lazare

Une identité qui s’inscrit dans une évolution de fond

Les emblèmes des Jeux d’hiver n’ont pas toujours été aussi abstraits. Les premières éditions misaient sur des symboles très figuratifs : flocons de neige, silhouettes de montagnes, athlètes stylisés en plein geste sportif. Le message devait être immédiatement lisible, quitte à rester assez générique d’un pays à l’autre.

Au fil des éditions, la tendance s’est déplacée vers des identités plus systémiques : moins une image unique, davantage un langage graphique complet (formes, couleurs, motifs) capable de se décliner sur des centaines de supports, du dossard à la signalétique de site, sans jamais se répéter à l’identique. C’est une évolution qui suit d’ailleurs les grandes tendances du branding en général, que l’on retrouve détaillées dans notre article sur l’histoire et l’évolution du logo.

L’emblème d’Alpes 2030 s’inscrit pleinement dans cette logique récente : plutôt qu’une image de montagne reconnaissable au premier coup d’œil, un principe géométrique et lumineux, pensé comme système. C’est aussi ce qui explique une partie du débat qui l’entoure : plus une identité s’abstrait du sujet qu’elle représente, plus le risque de perdre en ancrage immédiat augmente — un arbitrage que l’on retrouve dans beaucoup de projets de rebranding, bien au-delà du sport.

Evolution logos JO hiver
Evolution des logos JO hiver

Un concept simple : la montagne révélée par la lumière

L’identité a été confiée à l’agence parisienne Saint-Lazare, sous la direction de Mathieu Sakkas, directeur de la marque et de l’image du comité d’organisation. Le parti pris est clair : réduire le paysage alpin à sa forme la plus essentielle, un triangle, traversé de lignes qui créent un effet de vibration optique. Deux teintes portent l’ensemble : un bleu azur et un rouge « alpenglow », cette lumière rosée qui colore les sommets au lever et au coucher du soleil. La typographie, dressée à la verticale, fait écho à une ligne de crête.

C’est un exercice classique en identité de marque : partir d’un territoire, d’une culture ou d’un savoir-faire, et en extraire une forme géométrique capable de le représenter sans jamais l’illustrer littéralement. La difficulté, précisément, c’est de savoir jusqu’où pousser l’abstraction sans perdre le lien avec ce qu’on cherche à raconter.

Logotype JO Alpes 2030
© Alpes 2030 / Saint-Lazare

Le vrai point fort : un système, pas seulement un logo

Ce qui mérite d’être souligné dans ce projet, ce n’est pas la forme du triangle en elle-même, mais sa construction. L’emblème olympique et l’emblème paralympique ne sont pas deux logos développés séparément : c’est un seul et même système, où le symbole s’inverse de l’un à l’autre. Les deux versions s’emboîtent, comme deux faces d’une même pièce.

C’est exactement ce qui distingue un logo d’une identité visuelle complète. Un logo est un dessin. Une identité est un cadre : un ensemble de règles qui permet à une marque de se décliner (ici, entre deux événements) sans jamais se renier ni se répéter à l’identique. C’est ce cadre-là que l’on construit dès la phase de conception, avec une méthode de travail qui pense le système avant le visuel final : un ensemble capable de tenir sur un site web, une signalétique, un packaging ou une application, dans dix ans comme demain.

Ce qui fait débat : l’abstraction et l’ancrage

Le retour critique le plus courant sur cet emblème porte sur son ancrage. À force de viser l’épure et la trajectoire, une partie des observateurs trouve le résultat froid, davantage associé aux codes du luxe parisien qu’à un territoire de montagne vivant. Le paradoxe est réel : célébrer les Alpes avec un langage visuel qui pourrait, sur certains supports, appartenir à n’importe quelle marque premium.

Second point de friction : le choix de deux emblèmes distincts (olympique et paralympique), reliés par une inversion du symbole, plutôt qu’un emblème unique partagé par les deux événements — la solution retenue par Paris 2024. Pour une partie du public, ce choix ressemble à un pas en arrière sur la question de l’inclusion visuelle des deux compétitions.

Ce débat illustre une règle simple en branding : une identité qui prend un vrai parti pris divise toujours. C’est un signe de bonne santé, pas un problème en soi — à condition que le concept derrière ce parti pris reste lisible. Une identité consensuelle, elle, ne divise jamais… parce qu’on l’oublie tout aussi vite.

Ce qu’une entreprise peut en retirer

Trois enseignements valables bien au-delà du sport et des Jeux Olympiques :

Concevoir un système, pas un logo isolé. Dès qu’une marque doit exister sous plusieurs formes (gammes, filiales, événements liés), le travail commence par un cadre commun, pas par des déclinaisons bricolées après coup. C’est ce qui garantit la cohérence sur le long terme.

Ancrer l’abstraction dans quelque chose de réel. Une forme épurée est un atout, à condition qu’elle continue de raconter quelque chose de précis sur la marque. Le test est simple : si l’on retire le nom, devine-t-on encore de quoi il s’agit ?

Accepter qu’un vrai choix ne fasse pas l’unanimité. Un branding pensé pour plaire à tout le monde finit généralement par ne parler à personne. Mieux vaut une identité affirmée qu’on discute qu’une identité neutre qu’on oublie.

Conclusion

L’emblème d’Alpes 2030 ne fera sans doute pas l’unanimité d’ici 2030, et ce n’est pas nécessairement un défaut. Le travail de fond — un concept clair, un système cohérent entre olympique et paralympique — tient la route, même si le débat sur l’ancrage territorial reste légitime. C’est cette même logique de système, de cohérence et de parti pris assumé qui guide chaque création de logo à Lyon ou chaque refonte de charte graphique menée chez Miami Design. Vous portez un projet de marque et vous voulez qu’il tienne dans le temps plutôt que de simplement plaire sur le moment ? Découvrez mes services ou prenez contact pour en discuter.